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Instantanés Saint-Louis du Sénégal (4/5)

Récit Sylvère-Henry Cissé



Silence ! Moteur ! Annonce ! Çà tourne !


Vous venez de serrer la main d’Amadou Diaw ? Trop tard ! Le piège vient de se refermer sur vous sans que vous vous en rendiez compte.


Visionnage du rush - Magnéto - Top ralenti !


De manière indicible vous commencez à vous accorder au rythme qu’imprime le fondateur du Mupho. Il vous sourit, plante un regard dans vos yeux et vous reçoit toujours avec un trait d’esprit bien choisi. Sa main droite rassurante vient enserrer la vôtre et dans la même temps sa main gauche s’enroule autour de votre avant-bras et elle peut même parfois, légère, se poser votre épaule, comme pour vous confier un secret d’une grande importance.


Retour plateau


Oui, trop tard ! Amadou vient de vous entraîner dans un déséquilibre avant vers son monde fait d’attention, de bienveillance et d’un d’amour immodéré, intense pour sa ville de Saint-Louis.

Il est ainsi.

Pourrait-t-il en être autrement ?

Curieusement, il pourrait conserver ce bonheur parfait pour lui, personne ne lui voudrait. Après tout, n’a t-il pas mérité de se consacrer rien qu’à lui et ses proches après avoir tant donné à la jeunesse de son pays avec Institut Supérieur de Management de Dakar ? Nous aurions perdu assurément l’occasion de vivre des moments rares et doux que lui seul sait produire.


Le dernier en date est le mois de la photo du MuPho en juin 2023, où il m’a convié à donner une conférence à la mémoire de Pape Diouf, l’ancien président de l’OM. La communauté du Forum de Saint-Louis, ses amis artistes, auteurs et personnalités de la culture connaissent ses parenthèses de joie, de paix et de bonheur simple. Elles s’adressent aussi à tous ceux qui croisent son chemin, ne fût-ce que quelques courts instants.


Volet de transition


Un couple allemand de passage à Saint-Louis s’en souviendra. L’enchainement des impromptus est de l’ADN du vivant que nous aimons. Amadou penché à sa fenêtre les voit passer devant les Comptoirs, sa maison, la première étape de son archipel de musée. Les regards se croisent. Des sourires s’échangent. La palabre s’installe avec des banalités d’usage tellement nécessaires. Une connivence apparait naturellement. Amadou les invite à croquer un morceau chez lui. IIs se quittent en fin de journée en sachant qu’ils ne se reverront peut-être jamais, avec pour seul retour sur investissement, un joli souvenir et du bien-être.


Fondu au noir


La conséquence délicate du hasard et sa mécanique donne aussi parfois naissance à de belles amitiés, pour le plus grand bonheur des applications de messagerie. En effet, au fil du temps on peut parfois observer la transformation de la cordialité en entente, de la connivence en affection, de de l’attache en complicité et parfois e l’inclinaison en attraction, en pulsion.


Que ce soit une brève rencontre ou un voyage au long cours, elle relève de l’addiction. Je qualifie cette addiction chronique, recommandée par les autorités médicales, d’un barbarisme à horrifier les membres de l’Institut. Amadou Diaw est un « connexionneur ». Je dois ce néologisme à mon amie Anne-Marie Gustave. L’ancienne journaliste de Télérama, l’a emprunté à Remy Kolpa Kopoul de Radio Nova, dont l’une des émissions portait ce nom. Anne-Marie estime qu’il est parfait pour qualifier ma propension à rassembler mes amis autour de belles agapes. C’est ainsi que lors de mon passage à Saint-Louis, Amadou tout en fluidité a appliqué la « diète » Saint-Louisienne. Avec Thierno, Catherine, Samba, Geneviève, Erika, Bimpe et bien d’autres étoiles de sa galaxie nous nous sommes retrouvés à jongler avec les saveurs autour d’une table généreuse. Prévoyez une à deux semaines de salade composée pour vous remettre de cette « diète » riche et élégante. Le thiep bou dieune ou wekh du coin est fringuant et fait tressaillir*. C’est ainsi qu’en toute simplicité, la « connexionnite » a fait son œuvre et a installée brièvement dans ma vie une belle troupe.

Bimpe Nkontchou, Amadou Diaw, Samba Ndoye, Thierno Cisé

Travelling


Ma foi ! Vivre avec ce groupe éphémère est une sensation fort agréable, notamment lors de la déambulation de notre bande à la découverte du patrimoine historique et architectural Saint-Louis. Nous avons cheminé dans les rues d’une ville qui cultive le paradoxe d’être en devenir par le dialogue entre son histoire et la création, entre ses vieilles pierres et les performances d’artistes.

Une sensation tout aussi agréable en écoutant les conférences passionnantes de la Franco-canadienne Erika Nimis conviée à raconter les acteurs de la photographie en Afrique de l’Ouest et celle de l’avocate anglo-nigérianne Bimpe Nkontchou invitée à présenter les travaux de son ami James Barnor. Le photographe ghanéen de 94 ans, toujours de ce monde, a chroniqué entre Londres et Acrra durant plus d’un demi-siècle différentes époques où s’entremêlent joyeusement les anonymes et des stars.


Plan serré


Personnellement, je suis complétement comme un lapin pris dans le halo des phares par un cliché. Cette photo du dos de Mohamed Ali à l’entrainement est poignante. Pas étonnant qu’elle soit devenue culte. Mon ami Patrice Blanc-Francard m’a dit un jour que la photographie a d’extraordinaire qu’elle permet de voir ce que l’on ne peut distinguer à l’œil nu. C’est le cas avec ce bijou de Barnor qui nous permet d’accéder à toute la vulnérabilité du gladiateur. Pas étonnant qu’il soit devenu culte.



J’ai confié à Bimpe ce que m’inspire sa production


Voix off


« Je trouve qu’il parvient magnifiquement à figer le regard de ses sujets au moment du shooting. Ils traduisent la joie, la lassitude, l’interrogation, etc. Et parfois des sentiments plus diffus, qui donnent dans l’indicible. Il est réjouissant de feuilleter et le lire son catalogue »



« Bimpe ce cliché m’émeut car il représente une expression de la féminité : une élégance, une attitude, une fragilité dans l’attitude et dans le même temps une détermination et une force dans le regard. »


En provenance de Montréal, Londres, Paris, Dakar, nous nous sommes retrouvés autour de belles nourritures et quittés avec le sentiment très agréable de vivre un accomplissement.


Si nous pouvions passer au révélateur les fils invisibles qui relient toutes les personnes avec lesquelles Amadou Diaw est en relation, nous serions ébahis par la multitude de connexions qui connectent Saint-Louis au continent et au reste de la planète. Alors, qu’attendez-vous ? Prenez une dose de « connexionnite », elle pourrait changer votre vie.


Coupez ! C’est dans la boite.



Scène post-générique ( Comme dans la franchise Marvel 😉 )

* Profitons au passage pour mettre au ban une légende urbaine. Le jollof rice est au Tiep Bou Dieune ce que le labour à cheval est au labour motorisé, c’est à dire rustique.



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